Vendredi 18 avril 2008
Lire Une affection rêvée sur Oniris

Frédéric Martin était considéré par les siens comme l’idiot de la famille, le petit dérangé : celui qui n’est pas normal. Ils avaient certes parfois pitié de lui, mais aimaient le plus souvent s’amuser en toute tranquillité avec cet être attachant dont certains moments faisaient oublier sa particularité.


Ce jour de printemps, le petit enfant âgé d’une dizaine d’années marchait seul dans la rue principale du quartier voisin du sien. Un ami de la maternelle passa à ce moment-là en sens inverse de sa direction au volant d’une fourgonnette bleue et s’arrêta à sa hauteur aussitôt après l’avoir reconnu. L’ancien camarade de classe avait grandi et était un conducteur récent comme l’indiquait son permis de conduire. Il baissa la vitre du passager avant et s’adressa à Frédéric :


- Tu vas où comme ça, Fred ?

- Je me balade, Henri. Et toi ? Ça fait longtemps que je ne suis pas venu par ici alors que j’habite juste à côté.

- Je rentre du boulot. Tu veux faire un tour en voiture avec moi ? Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus !

- Je comprends. Ça fait des années, même ! Va pour une balade avec toi ! J’ai tout mon temps.


Tout en continuant de discuter, Frédéric monta dans la fourgonnette, s’installa à la place du passager avant, boucla sa ceinture de sécurité et Henri démarra, orientant son véhicule dans la direction de son ami avant leur rencontre.


- Ça fait longtemps que tu travailles ? demanda Frédéric à son ami, qui regardait dans son rétroviseur intérieur.

- Un petit moment. Il faut bien commencer un jour ! Comme les études c’est pas fait pour moi et que je voulais passer le permis, j’ai cherché un petit boulot. Et finalement, j’ai trouvé celui-là et je n’ai pas l’intention de changer.

- Et qu’est-ce que tu fais ? demanda naïvement Frédéric.

- Livreur. Et toi ? demanda à son tour Henri, qui amorça une pente bien raide et toute en virages, les uns plus serrés que les autres.

- Oh ! Moi, répondit Frédéric, je ne fais pas dans l’originalité, continua-t-il avant que n’éclatent des coups de feu. Qu’est-ce que c’est ? se demanda-t-il à haute voix.

- La bagnole de derrière ! s’écria Henri, qui venait de découvrir la réponse. Et c’est sur nous qu’elle tire !


Scrutant minutieusement tous ses rétroviseurs, le conducteur de la petite fourgonnette s’écria :


- Et ils sont trois à nous tirer dessus sans compter le chauffeur !

- Mais pourquoi ? Que se passe-t-il ? s’étonna Frédéric, qui, sous l’effet de surprise, ne réalisait pas encore vraiment ce qui se passait.

- On nous tire dessus ! répliqua sèchement Henri, parce que concentré sur la conduite alors que Frédéric, lui, n’arrivait toujours pas à comprendre comment un véhicule surgi de nulle part pouvait en attaquer ainsi un autre.


La pente était toujours plus rude et plus étroite au fur et à mesure que la fourgonnette avançait. Le ciel, lui, était bleu et le temps clément était en totale contradiction avec la scène qui se déroulait entre ces deux véhicules sur la petite route qui fendait l’herbe fraîche de la soirée. Henri posait son pied droit sur la pédale de l’accélérateur de plus en plus fortement. Son véhicule s’engouffrait ainsi à toute vitesse dans les zigzags de la pente déjà très raide. Concentré sur sa conduite, le jeune conducteur avait l’air d’une bête féroce prête à bondir sur sa proie. Ses yeux immuablement fixes sur le devant de la route ne changeaient de position que quand il jugeait nécessaire de regarder dans ses différents rétroviseurs.


Le petit Frédéric redressa son cou, tourna sa tête vers l’arrière du véhicule et écarta grandement ses paupières afin d’apercevoir leurs agresseurs, mais il n’eut pas le temps de distinguer l’arrière de la fourgonnette que le haut de sa tête toucha brutalement le plafond du véhicule à cause du rebond provoqué par le rehaussement du pont qui enjambait la rivière à l’eau finement claire, abordé en un éclair par le véhicule dans lequel il se trouvait. Henri le regarda d’un air un peu inquiet et lui demanda s’il allait bien et s’il n’avait pas trop mal. Le jeune adolescent lui répondit que la douleur due au choc était supportable, et se réinstalla prudemment dans son siège.


Le conducteur, lui, plus que jamais concentré sur sa conduite, apercevait désormais très bien ses agresseurs grâce à la route plate en longue ligne droite que son véhicule abordait maintenant. Le conducteur portait un chapeau noir de ville des gangsters américains des années 1950. Son costume, comme sa cravate, était de la même couleur que son chapeau. Sa chemise, elle, était tellement blanche qu’elle semblait briller et l’éblouir suivant le reflet du soleil couchant dans son rétroviseur. Son nez était droit et fendait extrêmement bien son visage. Ses lèvres charnues se mariaient merveilleusement avec ses pattes d’un brun luisant en forme de rouflaquettes. Comme Henri, ses yeux étaient fixés sur le point de mire qu’était la fourgonnette bleue et son bras gauche balançait de temps en temps de bas en haut quand il tirait avec son révolver noir brillant sur le véhicule qui tentait de lui échapper alors que son autre bras était solidement stable puisque sa main droite non gantée tenait fermement le volant.


À son côté droit, l’autre bandit était debout sur son siège, tirant sur le véhicule des enfants à l’aide d’un fusil de chasse dont le bruit produit par le "dégainement" ressemblait à celui d’une mitraillette de militaire. Le pare-brise de la voiture et le toit ouvert de celle-ci permettaient à Henri de voir, à l’aide de son rétroviseur, que le passager avant du véhicule des agresseurs portait un costume cravate entièrement blanc. Les cheveux châtain clair de ce bandit-là volaient en arrière, comme sa cravate. Sa position adoptée ressemblait à celle d’un soldat tirant sur le toit d’un char.


Le passager arrière gauche, situé donc derrière le chauffeur, avait le même physique que le passager avant, mais semblait beaucoup plus petit que ce dernier. En effet, seuls sa tête et son fusil dépassaient à peine de la vitre et l’homme chapeauté et habillé comme le chauffeur semblait avoir du mal à manier son arme tandis que son voisin bien plus grand que lui, certainement le plus grand des trois avec son air d’ours baraqué et violent, maniait son révolver automatique rien qu’avec le bout de ses doigts. Tout son corps habillé d’une salopette bleue de mécanicien dépassait de la vitre de sa portière.


Henri tenta un coup de poker en freinant pile et en déviant sur sa gauche sa fourgonnette quand il réalisa que le véhicule des gangsters se faufilait définitivement sur le bord droit en ravin de la route plate. Sans attendre, il embraya et accéléra si fort que son véhicule fit un demi-tour sur lui-même. Remis sur la bonne voie, il repartit immédiatement dans la direction qu’il tentait de fuir depuis tout à l’heure, mais ne savait pas s’il atteindrait entier avec son passager le quartier et se demandait aussi s’il pourrait s’arrêter là alors que les gangsters avaient certainement repéré sa fourgonnette, qui est aussi et avant tout son véhicule de travail.


Frédéric ne disait plus un mot et fixait son regard droit devant lui alors que celui d’Henri oscillait entre le devant de la route et les rétroviseurs, guettant le possible surgissement de leurs agresseurs. La nuit tombait et le véhicule fonçait à toute vitesse dans cette forêt de plus en plus sombre qui n’avait pas le même aspect à l’aller. Des bruits de plus en plus bizarres et inquiétants sur l’état du moteur de la fourgonnette s’échappaient du capot avant alors que la pente commençait doucement à s’élever.


Les lampadaires s’illuminèrent le long de la route et Henri mit ses feux de route pour mieux voir dans la nuit noire qui s’abattait sur le passage que les deux garçons traversaient maintenant. La rafale de coups de feu se fit entendre comme un tourbillon revenu en un éclair de l’enfer. La voiture des gangsters alluma ses feux et éblouit par la même occasion le conducteur de la fourgonnette lorsqu’elle atteignit l’arrière de celle-ci, puis la doubla à toute vitesse l’obligeant à se déporter à l’extrémité de la gauche de la route alors que les arbres de la forêt n’étaient pas loin de la voie déjà bien étroite pour un seul véhicule. Alors que Frédéric cacha son corps comme il put pour éviter de se prendre la rafale de balles déversée à ce moment-là par les bandits, Henri évita comme un héros de la conduite de laisser son véhicule s’encastrer dans les troncs.


La voiture ennemie ne s’arrêta pas pour autant afin d’en finir avec leurs victimes, mais continua son chemin en accélérant toujours plus sa vitesse. La fourgonnette longea alors un troupeau de vaches bretonnes qui rentrait à la ferme après avoir passé une belle journée ensoleillée à brouter l’herbe dans les collines avoisinantes. La pente amorcée plus tard par la fourgonnette se fit de plus en plus raide et les virages de moins en moins serrés. Arrivé presque au sommet de ce véritable col, Henri gara son véhicule sur la droite de la chaussée entre les voitures de ses voisins et Frédéric aperçut les véritables buildings en verre où habitait son ami qui lui avait offert cette balade.


Par ce matin de décembre, les flocons de neige tombaient calmement comme portés par le vent léger qui soufflait à peine au-dehors de cette petite maison de campagne dont la cheminée laissait échapper une fumée telle que cela laissait deviner que le bois brûlait à grand feu dans la pièce où la petite famille, qui y résidait, prenait le petit-déjeuner.


Il était à peine huit heures du matin quand le dernier de la famille, Frédéric, se leva. Aussitôt sorti de son lit, il se précipita brusquement vers ses proches et les serra fort dans ses bras du haut de sa dizaine d’années. Il fit le tour de la famille, répéta le même geste à chacun et s’installa à sa place habituelle pour boire son chocolat chaud quotidien. Chacun pensa encore qu’il s’agissait là d’une nouvelle saute d’humeur non rationnelle du petit dernier qui ne serait définitivement jamais normal, ignorant tous que le rêve qui avait accompagné sa nuit lui avait fait prendre conscience qu’il était impossible de dire à quoi tenait la sûreté de l’existence.


Quand il se leva de table après avoir fini son petit-déjeuner, un adulte, qui lisait le journal, lui dit :


- Tiens, Henri… Tu sais, celui qui était dans ta classe à la maternelle… Il a remporté le rallye des dix-douze ans, ce week-end.


Et Frédéric d’ajouter :


- J’ai toujours pensé que c’était un bon conducteur. Il faudrait que je le revoie d’ailleurs celui-là !


Surprenant son monde par le sérieux de son intervention alors que quelques minutes auparavant sa marque d’affection appuyée envers ses proches n’avait ému personne.


par Richard Patrosso communauté : Ecrire
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Jeudi 3 avril 2008

Le prix d'une vieille vengeance




Le shérif de San Denver, ville WASP de trois mille âmes dans le centre du Nouveau-Mexique, sortit des toilettes en fureur :

— Cette fois-ci, j'en ai marre! Un indien qui inonde ma ville de sa musique de sauvage, je ne peux plus le tolérer! Et je ne peux plus venir prendre mon repas de la mi-journée dans une pièce où a dormi un ennemi des fondateurs de l'Amérique! hurla-t-il en passant devant le comptoir et en tapant son chapeau marron sur sa hanche droite.

— Eh! bien. Puisque tu ne peux plus tolérer qu'un descendant de ceux qui étaient sur ces terres avant tes ancêtres ne puissent jouer de sa flûte dans la rue principale de la ville, tu comprendras que le patron du saloon principal de cette ville ne puisse plus tolérer ta présence ici! répliqua Adrian Mac Gilvary, le patron du Migrant's Saloon.

— Ton saloon? Je le ferai fermer ton saloon, Adrian! Je ne comprends pas comment tu peux défendre cet indien contre moi! Moi, shérif des USA!

Sur ces paroles, Preston Midler, shérif de San Denver, quitta le Migrant's Saloon pour la dernière fois. Et de derrière son comptoir, tout en essuyant un verre, Adrian Mac Gilvary regarda au dehors de son établissement. La voiture du shérif, garée devant la porte d'entrée, s'éloigna, laissant apparaître la silhouette de Harley Lusio Bilagaana. Flûte au bec, le jeune indien, né d'une mère irlandaise dans un pueblo du Nord-Est du Pays, était chaque jour assis sur le trottoir de la rue principale de la ville depuis qu'il avait quitté le foyer familial à l'âge de dix-sept ans et trois mois. Son désir insurmontable d'indépendance l'avait amené ici, sous le soleil brûlant de San Denver. S'il réussissait à se payer deux repas par jour en jouant de la flûte aux passants qui voulaient bien balancer une pièce dans l'assiette posée à ses pieds et s'il avait réussi à se trouver un toit où dormir en acceptant de surveiller gratuitement le Migrant's Saloon de la fermeture à l'ouverture, il n'avait pas pu s'offrir de nouveaux habits depuis son arrivée. Toute la transpiration de son corps restait ainsi dans ses vêtements usés qu'il n'avait pas d'ailleurs envisager de changer, ni d'échanger. Après une journée entière passée sous le soleil, le jeune métisse traversait la rue pour venir manger un morceau au Migrant's avant la fermeture.

— Petit, dit Adrian Mac Gilvary à celui que tout le monde appelait désormais "Lusio", il faut que tu fasses attention désormais! Tu sais que le shérif déteste les indiens. Mais aujourd'hui, il est allé plus loin. Il est prêt à me fermer le saloon parce que je prends toujours ta défense contre lui. Et j'ai bien vu qu'il est déterminé à te chasser de la ville. Je ne sais pas comment. Mais, je sens qu'il va le faire. Et je ne pourrais plus prendre ta défense ce jour-là. Nous sommes à plus de soixante miles de la ville la plus proche et tous les voyageurs du Pays sont obligés de passer par ici. Mais malgré cela et même si je suis dans la rue principale, je fais de moins en moins de bénéfices. Je ne pourrais donc pas prendre le risque de témoigner en ta faveur s'il t'arrivait quoique ce soit. C'est pourquoi j'aimerais que tu ne restes pas plus longtemps chez nous. Tu es en danger ici. J'aimerais que demain tu retournes chez toi. A ton âge, c'est gâcher sa vie que de vivre dans la rue!

Son bras gauche accoudé contre le comptoir et le regard dans son assiette, Lusio continuait à manger son plat du soir sans répondre aux inquiétudes du patron des lieux. Ce dernier, sachant que le jeune écoutait toujours sans répondre, se retourna et s'occupa aux derniers rangements avant la fermeture.

Ce fût la même scène pendant quatorze soirs d'affilés après cette discussion et jamais il n'était arrivé quoique ce soit à Lusio, ni à celui qui lui offrait un toit où trouver le sommeil après la journée difficile. Mais, Adrian Mac Gilvary ne désespérait pas d'éloigner le jeune garçon des pattes du shérif.

— Est-ce que tu vas te décider à quitter cette ville Lusio? demandait inquiet le propriétaire du saloon.
— Un jour, j'espère sincèrement reprendre la route. Je ne sais pas où aller. Mais, le Nouveau-Mexique est grand, répondit le garçon tout en finissant son assiette. Dormez tranquille Adrian! Le shérif n'est pas idiot! Il ne m'attaquera jamais. Il n'aime pas les indiens? Ce n'est plus une raison de nos jours pour agresser un homme. Et puis, si jamais il me cherchait, je me tirerais! Je ne veux que la liberté. C'est pour ça que j'ai abandonné le pueblo. Je ne pourrais jamais rester à la même place. Travailler toute la journée derrière un bureau, ce n'est pas fait pour moi! Jouer de la flûte, c'est déjà se libérer. Même si c'est toujours sur le même trottoir. Même si c'est toujours à la même place. La musique m'emporte. C'est le chemin de la liberté. Et tous les passants devant moi. C'est comme s'ils m'entraînaient avec eux. Comme si c'était un tourbillon. Il n'y a pas de chaînes dans un tourbillon. Le soleil cogne fort. Mais, je me sens libre. Et c'est la sensation que je veux!

Après cette déclaration, Mac Gilvary quitta les lieux comme à l'habitude et Lusio prit deux chaises au milieu de la pièce et les aligna. Posant le fusil et les cartouches sur sa table de droite, il se calât jusqu'au fond du dossier de la première chaise et allongea ses jambes sur la seconde. Puis, penchant sa tête en avant, il chercha le sommeil.

Alors que la nuit avançait et qu'il lui restait moins de deux heures pour se reposer avant l'ouverture du saloon, un bruit gronda près de la porte d'entrée comme si quelqu'un était tombé contre le mur. Lusio se réveilla en sursaut et s'intrigua de ce qu'il venait d'entendre. Afin d'être sûr qu'il ne s'agissait pas d'un rêve, il s'avança sans bruits vers la fenêtre qui l'entrouvrit. Au milieu de la nuit noire et des lumières faibles de la ville, il aperçut une silhouette féminine prisonnière des mains d'une grosse silhouette qu'il jugeait masculine. Serrée au coup, la silhouette féminine tomba à terre. Et la silhouette masculine la frappa à coups de pieds. Lusio se précipita alors vers la porte d'entrée et bondit sur le trottoir. Entre temps, le bruit de la porte avait alerté l'agresseur. Ce dernier planta trois coups de couteau dans le ventre de sa victime et laissa l'arme blanche plantée dans le corps de la jeune fille qui s'effondrait sous les yeux du jeune indien. L'agresseur se volatilisa en s'échappant à pieds et sans bruit pendant que Lusio s'occupait à retirer le couteau profondément planté dans la chair. La fille hurla de douleur à ce geste et se débattit comme elle put. Une voiture de police en patrouille s'engageait à ce même moment dans la rue principale. Réceptif aux raisonnements des douloureux cris d'une voix aiguë, le policier mit la sirène et braqua les feux de routes sur les deux jeunes gens. Lusio se releva, le couteau à la main. Le policier sortit de son véhicule, braquant son révolver sur le jeune métisse, qui levait ses bras au ciel.

— Ne bouge pas! dit l'homme en uniforme, s'avançant vers l'indien qui hésitait à ouvrir la bouche pour expliquer la situation. Lâche ton arme et tourne-toi face au mur!

Lusio s'exécuta et le policier de service lui passa les menottes aux poignets. Alertés par le vacarme de la scène, quelques riverains s'étaient portés à leur fenêtre.

Après le constat du décès de la victime par les secours arrivés trop tard, Lusio fût conduit dans un vieux fourgon de l'armée qui servait au shérif pour transporter les prisonniers au pénitencier le plus proche. Sous les sifflets de quelques badauds présents, Preston Midler jubilait de procéder à l'arrestation pour meurtre d'un indien qu'il avait tant critiqué. Passant devant le patron du bar qui avait pris le jeune vagabond sous son aile, il lui lança dans les yeux et le sourire aux lèvres l'une de ses phrases assassines :
— Tu vois, cette fois j'ai toute l'Amérique avec moi! Regarde comme ils le traitent ton protégé! Tu peux fermer ta boutique! Aucun fondateur de ce Pays ne mettra les pieds chez un traître!

Mac Gilvary regarda le camion s'éloigner dans le soleil levant et savait qu'il lui faudrait quitter la ville à son tour après l'aube s'il tenait à ne pas subir le même sort que Lusio. Il se sentait lâche de ne pas avoir la force de révéler que ce meurtre n'était que la mise en scène du shérif pour venger sa soeur tuée par un indien dix-huit ans plus tôt. Il tourna la tête et vit le corps de la jeune victime recouvert d'un drap blanc transporter à la morgue. "Certainement une fille qui ne savait pas ce qu'elle avait accepté! C'est le prix d'une vieille vengeance" pensa-t-il.

1000 Nouvelles, Juillet 2007
par Richard Patrosso
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Jeudi 3 avril 2008


Geoffroy de Lorcades était un riche quinquagénaire propriétaire de l'entreprise familiale depuis que son père avait enfin décidé de partir à la retraite, il y avait de cela quelques années. De Lorcades était fier d'être enfin le patron, lui qui avait toujours vécu dans l'ombre de son père. Aussi, parce que le paternel ne laissait aucune liberté à ses enfants, le petit Geoffroy et ensuite l'adulte Lorcades n'avait jamais connu d'autres paysages que celui du Pays niçois.
Depuis qu'il avait pris les rennes de la fierté familiale, Lorcades se conduisait comme un monarque. Ainsi, il arrivait tous les matins à neuf heures précises, soit une heure exactement après ses employés afin que chacun puisse le saluer. La dernière personne qui s'exécutait à ce rituel était sa secrétaire personnelle dont le bureau se situait juste avant le siens. Cette dernière devait toujours lui préparer son petit déjeuner qu'il prenait en lisant le journal dans son grand fauteuil de monarque du dix-huitième siècle, ce qui n'allait pas du tout avec le décor très moderne de la pièce de son bureau.
La secrétaire en question n'était là que depuis quelques six mois, mais n'avait jamais porté de jugement sur l'attitude de son patron. Elle s'exécutait sans réfléchir, heureuse d'avoir trouvé un emploi après quelques longues années de chômage durant lesquelles ses parents la considéraient de plus en plus ouvertement comme la ratée de la famille. La jeune brune de vingt-huit ans, qui venait à peine de quitter le cocon familial, avait la peau très blanche et portait d'épaisses lunettes aux verres grossissant ses yeux de façon exagérément difforme. La pauvre fille qui était surnommé « la laide » par ses petits camarades de classe lorsqu'elle était à l'école vivait en ménage depuis moins de trois mois avec un homme qu'elle appelait son beau brun ténébreux comme si sa vie sentimentale avait été aussi normale que celles des autres gens. Mais cette attitude n'arrivait quand même pas à cacher la pitié que sa laideur inspirait aux yeux de ses amis. Malgré cela, le beau brun ténébreux se donnait à elle chaque jour, ne démentant pas ainsi qu'il était éperdument amoureux d'elle. Chaque jour, la petite secrétaire recevait de lui une preuve d'amour et se disait que jamais elle ne regretterait d'avoir emménagé avec lui. L'homme était un peu plus âgé qu'elle puisqu'il commençait à quitter ses trente-trois ans. De lui, elle ne savait pas grand-chose ou peut-être tout. A part qu'il avait vécu toute sa vie à Tahiti et qu'il avait été abandonné à la naissance, il est vrai qu'il n'y avait pas grand-chose à dire de lui. Cette situation aurait pu le rendre triste, mais il semblait être un homme normal avec, à part ce détail, une vie banale et tranquille dans le grand anonymat comme la grande majorité des gens. Il semblait être arrivé sur le continent quelques mois avant leur rencontre et lui disait être sûr, malgré qu'il ne soit pas habitué à ce nouveau climat, de vouloir faire sa vie avec elle dans la ville de Nice.
Si cet homme, qui s'appelait Nicolas Djurlac, donnait à sa douce des preuves d'amour tous les jours, il avait quand même fini par demander à cette dernière de lui en donner une à son tour. Ainsi un jour, il lui présenta sa collection de couteaux et lui dit qu'en allant la chercher parfois au bureau lorsqu'il la raccompagnait chez eux le soir, il avait vu que son patron en avait fait une lui aussi. Et il lui ajouta tout sourire qu'il la trouvait très belle d'ailleurs et que Lorcades devait être un grand homme vu le goût de sa collection. Il lui demanda alors de lui ramener un couteau droit, celui qui était posé sur le bord de la fenêtre. La jeune fille rougit, mais par amour ne résista pas et finit par accepter le vol. Depuis ce jour-là, la secrétaire n'était plus tranquille et, après avoir commis l'infraction, demeurait incapable de cacher auprès de ses collègues son anxiété, ne craquant tout de même pas parce que son bien aimé lui avait promis de rendre l'instrument à son patron bien qu'elle n'avait plus vu l'objet depuis qu'elle le lui avait apporté. L'angoisse était si terrible que parfois entre deux notes, la secrétaire prenait son sac, dans lequel elle laissait éteint son téléphone portable tant qu'elle travaillait, puis le reposait, renonçant toujours au dernier moment à appeler son homme qui lui en voudrait sûrement d'avoir craqué de la sorte et de ne pas avoir confiance en lui alors que lui lui prouvait chaque jour qu'il l'aimait.

Une semaine après le vol exactement, Geoffroy de Lorcades n'était toujours pas arrivé à son entreprise et sa secrétaire s'inquiétait, s'imaginant que son patron avait découvert la supercherie et lui annoncerait sûrement son licenciement quand il serait là. La jeune fille se préparait, en se tordant les mains de peur et de honte, à reconnaître les faits et à demander pardon lorsque son patron viendrait. Soudain, vers dix heures, le téléphone qui était posé sur son bureau sonna. La jeune fille se dressa toute tremblante et regarda, au travers de ses grosses lunettes, le combiné qu'elle devait saisir obligatoirement. Elle prit alors sa respiration et dit « Allo? » sans laisser paraître l'angoisse qui la rongeait.

— Allo? Anna? dit d'un ton très calme et presque parodique la voix de Djurlac.
— Oui, qu'est-ce qui t'arrive? demanda angoissée la jeune fille qui avait reconnu celui qu'elle aimait.
— Écoute-moi tranquillement! Je dois te dire quelque chose. Ton patron ne viendra pas aujourd'hui. Il ne viendra plus jamais d'ailleurs. Laisse-moi parler! Tu vas comprendre! ajouta-t-il pour couper sa concubine qui avait pris sa respiration pour lui répondre. J'ai été abandonné à la naissance et j'en ai toujours souffert. J'ai fait alors toute ma vie des recherches pour retrouver mes parents et quand j'ai connu leurs noms, on m'a appris par la même occasion qu'ils étaient morts et qu'il ne me restait plus que ma sœur qui n'avait pas été abandonnée, elle. Elle était donc ma seule famille. Un matin, j'ai quitté la Tahiti pour me présenter à elle. Quand je suis arrivé à Nice, je l'ai trouvée dans un asile de fous! Elle ne m'a jamais adressé la parole. Les médecins ont toujours dit qu'elle l'avait perdue totalement. Avant de se suicider, elle m'a écrit une lettre que j'ai reçu le lendemain de sa mort. Dans cette lettre, elle m'a expliqué que son patron l'avait violée le premier jour qu'elle avait travaillé pour lui et que c'était comme ça chaque jour depuis. Tout ça parce qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'être seul et de vivre sa vie. Elle est devenue folle quand il a décidé de la licencier il y a six mois parce qu'elle ne voulait plus de son gros corps pourri. Au chômage, redevenue une femme comme les autres dans la rue, elle s'est sentie salie! Elle n'a jamais pu s'en remettre. L'injustice, c'est que ton patron ne t'a jamais fait ce qu'il faisait subir à celle qui t'a précédée. Écoute-moi! C'est comme ça qu'on s'est rencontré il y a un peu plus de trois mois. Je t'ai joué la comédie parce que je devais remonter jusqu'à cette ordure pour le tuer avec le couteau qui se trouvait en dessous de la fenêtre si possible puisque c'était avec ça qu'il torturait ma sœur. Mission accomplie en plein cœur! Maintenant, je suis à l'aéroport et je repars pour Tahiti. Je sais, je te fais mal. Mais, ne t'avise pas de raconter ce que tu sais car j'ai le couteau et il ne porte que tes empreintes puisque quand tu l'as posé sur la table pour me l'apporter, je l'ai ensuite manipulé uniquement en me cachant bien les mains. Par conséquent, si on m'arrête, je dirais que c'est toi qui l'as tué et que c'est sûrement pour ça que tu m'as plaqué hier soir! ricana-t-il. Je leur dirais que perdu de désespoir, j'ai pris l'avion pour retourner à Tahiti. Tu vois, si tu parles, tu es foutue! Donc il vaut mieux que tu te taises. Bon, maintenant, j'ai un avion à prendre. Je ne t'ai pas appelée sur ton portable puisque tu l'éteins quand tu travailles. Mais, c'est peut-être mieux comme ça. Allez, je file. Adieu, la laide!

Quelques instants plus tard, le meurtrier se rendit à l'aéroport de Nice et monta dans son avion où il s'installa confortablement. Lorsqu'il se laissa tomber dans son siège, il soupira sans honte comme si tous ses soucis étaient partis avec cette bouffée d'air. Il posa son pied droit sur son genoux gauche afin de relaxer les muscles de ses jambes et ouvrit un magazine qu'il commença à lire. Cinq hommes en civil s'assirent devant, à côté et derrière lui. Un homme resta debout, droit sur sa droite, le regarda et dit:
— Monsieur Nicolas Djurlac?

L'intéressé détourna ses yeux vers cet homme et le regarda d'un air approbatif et interrogatif à la fois, mais l'œil fixe était très calme. L'homme poursuivit:
— Commissaire Max Drake, se présenta-t-il. Pour le meurtre de Geoffroy de Lorcades, je vous arrête.

Puis, se penchant vers le coupable et avançant ses mains pour lui passer les menottes qu'ils tenaient, il baissa les yeux, regardant son action. Une fois celles-ci passées, il releva ses paupières et fixa le regard de l'accusé. Un court instant s'écoula et, avec un sourire poli, et peut-être un peu moqueur, le commissaire ajouta:
— Mademoiselle Anna Legouvé m'a demandé de vous dire que Geoffroy de Lorcades était un patron si possessif que tous les téléphones de son entreprise sont sur écoute et que chacune des conversations sont enregistrées et jamais effacées.

par Richard Patrosso
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Jeudi 3 avril 2008
«   Après avoir découvert le site Ecrivez, j'ai absolument voulu écrire une nouvelle portant sur Noël. J'ai alors pensé à la Guerre en Irak. Noël est une fête et donc une réunion heureuse, un jour de joie. Je voulais décrire ce que pouvait ressentir un parent de Marines ce jour-là. Je n'ai pas voulu non plus oublier le peuple irakien dans mon récit. Boules de Neige a été publiée dans la précipitation le 24 décembre 2006 sur Ecrivez, puis je l'ai proposé aussitôt à 1000 Nouvelles. Mais comme ce site est actualisé chaque mois, ma nouvelle n'a été publiée qu'en janvier. Entre temps, Saddam Hussein avait été exécuté, ce qui donnait une dimension politique à mon écrit que je ne voulais pas. Si c'était à refaire, je ne le referais pas. »

 
Lire Boules de Neige sur 1000 Nouvelles

                                     Boules de Neige


Jeff Retcorr était assis dans le fauteuil du salon de la petite maison qu'il habitait depuis qu'il était né, et regardait, les yeux fixes, au dehors de sa fenêtre. En ce jour de Noël, la neige tombait à gros flocons, comme chaque année à la même époque, sur les hauteurs de Mammoth Lakes.
Le quinquagénaire, resté en robe de chambre depuis son réveil, était avachi sur son fauteuil. Comme chaque jour, il s'était levé très tôt après avoir dormi très peu. Mais, comme chaque année, ce jour-là Jeff était invité à fêter Noël entre voisins. Le rituel voulait que lors de cette fête, ce soit un voisin différent qui reçoive chez lui les autres riverains du village qu'ils formaient en contrebas de la station de ski.
Mammoth Lakes était un village joyeux où tout le monde se connaissait, s'aimait et se respectait. La joie de vivre était présente depuis sa fondation, il y avait des siècles de cela. La solidarité régnait dans cette petite ville qui était bien loin de l'image de la grande Amérique tellement connue du Monde entier. Ici, la bonne ambiance était ressentie par chaque voiture qui montait à la grande station de ski totalement différente de ce patelin.
Rettcor avait toujours été un homme discret qui n'aimait pas se mêler de la vie des autres et avait toujours préféré s'occuper de la vie des siens, ce qui lui avait permis de vivre tranquillement sans jamais être jalousé par qui que ce soit. Dans sa jeunesse, alors qu'il rentrait définitivement dans la vie adulte, il avait dû participer à la guerre du Viêt-Nam et connaître l'horreur qu'il ne souhaitait plus revivre, mais dont il ne souhaitait pas non plus qu'elle soit vécue par n'importe qui d'autre. Malgré cette rude expérience jamais oubliée, Retcorr était resté un homme heureux dans ses apparences. Mais, depuis quelques temps, sa bonne humeur avait totalement disparue.
Comme si l'histoire se répétait, depuis le début de l'année, son fils avait été envoyé en Irak et Retcorr ne passait pas un moment sans penser à lui. Chaque jour, il regardait la télévision sans cesse et allumait la radio quand il s'éloignait du salon, s'il ne montait pas le son du téléviseur. Lui, qui avait été un modeste mécanicien de voiture, s'était mis avec beaucoup de mal à l'informatique depuis quelques semaines afin de suivre l'actualité sur la guerre à laquelle participait directement son fils. Depuis le début de l'année, le père de famille n'était plus tranquille. Il guettait sa boîte à lettres sans relâche et sursautait à chaque fois que la sonnette retentissait ou qu'une main frappait à la porte. Plus personne ne le voyait dans le village et n'osait venir le voir. Pour cette invitation traditionnelle, les quelques voisins qui restaient à Mammoth Lakes pour Noël avaient dû passer par son épouse toute aussi inquiète, mais qui arrivait à dissimuler publiquement l'angoisse que lui procurait cette guerre.
Ce matin-là, donc, Retcorr restait immobile sur son fauteuil et revoyait les terribles images qu'il avait vécues en Asie. Au dehors, la neige tombait de plus en plus et des enfants jouaient sous sa fenêtre. Ils avaient d'abord construit un gros bonhomme de neige qui évoquait, dans la tête de l'ancien Marines, la statue de Saddam Hussein que les troupes américaines avaient détruite en entrant dans Bagdad. Ce gros bonhomme de neige eut ensuite le même sort que la statue irakienne, mitraillé par les boules de neige que lui lancèrent violemment les autres enfants voisins venus les rejoindre. Lorsque l'œuvre tomba, ses créateurs décidèrent de déclarer la guerre à ceux qui avaient anéanti leur réalisation. Ainsi, s'ensuit une bataille de boules de neige sans merci. Les dix enfants se séparèrent en deux troupes: ceux qui avaient attaqué et ceux qui ne voulaient que se défendre afin de pouvoir construire librement autant de bonhommes de neige que possible. Chacun de ceux qui avaient attaqué se retranchèrent derrière les différents buissons recouverts de neige, qui entouraient le jardin de Retcorr. Puis, une tempête de neige se leva, telle les tempêtes de sable irakiennes, mais les enfants continuèrent malgré tout leur jeu comme les Marines continuaient là-bas leur combat. Certains de ceux qui se cachaient derrière les buissons se retrouvèrent totalement ensevelis et se débattirent comme il purent. Rettcor pensa à son fils et se demanda s'il n'était pas en pleine tempête de sable, enseveli sous les dunes aussi chaudes que la neige de Mammoth Lakes était froide. Les petits garçons, qui avaient été attaqués, commencèrent à gagner la bataille contre leurs envahisseurs. Le sourire, qui était présent sur chaque visage des deux clans, évoquait à Retcorr toute la haine que devaient ressentir le peuple Irakien contre l'armée de l'envahisseur. Le père de famille n'était pas du tout comblé de voir ces enfants s'amuser et profiter de la vie. Tous les plus beaux moments de son existence évoquaient désormais le cauchemar si loin de sa maison. Il ne pouvait s'empêcher de penser que le pire pouvait se produire.

Enfin, alors qu'il était à la fois lassé et angoissé de voir ces petits profiter de la vie, il entendit la mère de son fils entrer dans la pièce juste avant que la sonnerie du téléphone retentit. Les doigts des mains de Retcorr se crispèrent sur les accoudoirs du fauteuil, sa respiration se serra et son cœur se mit à battre très fort et de plus en plus vite jusqu'à atteindre un rythme effrayant qui était tout simplement l'angoisse que le brave homme vivait au quotidien. Comme il put et avec honte pour il ne savait quelle raison car il était légitime qu'un père s'inquiète pour son enfant, Jeff tendit l'oreille et s'attendit au pire sans toutefois vouloir y croire. Puis, il entendit sa femme parler à un voisin et comprit qu'il devait aller se préparer s'il ne voulait pas être en retard. Il savait alors quelle serait sa journée et comment se déroulerait celle-ci. Il allait d'abord prendre une douche qui ne le débarrasserait pas de ses angoisses, puis s'habiller très élégamment parce que l'heure était à la fête alors que des milliers d'Américains mouraient pour rien dans un Pays lointain qui ne méritait que la tranquillité avant de feindre d'être heureux de voir et revoir ses voisins qui n'avaient pas d'enfants dans les troupes de l'armée et qui lui souriraient au nez pendant que son fils était peut-être atrocement et mortellement torturé dans une guerre qu'il n'avait pas demandé. Enfin, il lui faudrait remercier énergiquement et chaleureusement chacun pour cette agréable journée qu'ils lui avaient offerte et leur dire qu'il était impatient qu'ils se retrouvent tous au même endroit l'année suivante sans avoir le droit de crier sa peur de ne plus revoir son fils unique pour un autre Noël, ceci après avoir entendu les beaux discours de celui qui avait toujours tout prétendu savoir et qui n'avait jamais cessé de soutenir cette guerre alors qu'il n'avait jamais eu d'enfants.
Retcorr se dressa difficilement de son fauteuil alors que les enfants, eux, tombaient au sol, s'amusant à jouer les morts lorsqu'ils étaient touchés par une boule de neige de l'un de leurs amis pendant qu'en Irak, les Marines tombaient au sol tués par les balles de l'ennemi, qui n'étaient ni de neige, ni de sable, mais bien vraies.

                                     1000 Nouvelles, Janvier 2007
par Richard Patrosso
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